Interview d’Alexis Lafont, créateur de Caulaincourt

For The Discerning Few a le plaisir de présenter à ses lecteurs un entretien exclusif avec Alexis Lafont, créateur de Caulaincourt, réalisé à l’occasion de l’ouverture du second magasin de la marque au 11 bis rue Chomel dans le 7ème arrondissement de Paris.

Seconde interview d’Alexis Lafont, le 28 novembre 2011.

Alexis Lafont (Source http://fredisblog.over-blog.com/)

Alexis Lafont (Source http://fredisblog.over-blog.com/)

For The Discerning Few : Pourriez-vous nous parler de l’actualité de Caulaincourt ?

Alexis Lafont : L’actualité de Caulaincourt, c’est l’ouverture d’un nouveau magasin, au 11 bis rue Chomel dans le 7ème arrondissement de Paris, à côté du Bon Marché, qui va permettre de désengorger notre premier magasin boulevard Haussmann, et aussi de rencontrer  une clientèle « Rive Gauche » qui est assez peu encline à traverser la Seine.

Au-delà de la meilleure visibilité que va nous procurer ce nouveau magasin, nous allons bénéficier de plus d’espace et donc d’un confort de travail supérieur, ce qui nous permettra de rendre l’expérience Caulaincourt encore plus agréable pour nos clients.

Notre actualité c’est aussi la nouvelle collection Club Hiver ; nous lançons deux nouvelles formes ; un nouveau montage, le « Stormwelt », avec une semelle en Hévéa naturel. Pour ce qui est de la collection Paris, nous lançons quatre nouveaux modèles. Donc les choses avancent bien.

Modèle Gatsby

Modèle Gatsby

FTDF : Pourriez-vous nous présenter l’offre de Caulaincourt au travers des différentes collections ?

Alexis Lafont : Quand bien même l’ADN de Caulaincourt reste le même, l’offre que nous proposons aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle que nous proposions à nos débuts. Dorénavant, nous avons la collection Caulaincourt Paris, composée de souliers plutôt habillés en montage Blake sous gravure uniquement.

Nous avons aussi la ligne Club, plus saisonnière avec chaque année une collection hiver et une collection été. L’idée est ici de jouer avec les montages, les peausseries, les inspirations et les modèles. Cela veut dire qu’aujourd’hui nous avons cinq types de montages différents : le Blake sous gravure, le Goodyear sous gravure, du cousu bolognais, du bolognais cousu petits points et un montage « Stormwelt » avec une semelle en hévéa naturel,  qui arrive sous peu.

Les différents montages nous permettent d’adapter certains modèles à la saison et d’ouvrir notre offre à des choses différentes. Quant à moi, cela me permet, au niveau de la création, de m’écarter un petit peu des souliers purement habillés.

FTDF : Pourriez-vous nous parler des commandes spéciales ?

Alexis Lafont : Ce qu’il faut tout de suite préciser, c’est que les commandes spéciales n’ont rien à voir avec de la mesure, mais qu’elles permettent aux clients de personnaliser complètement leurs souliers, en se basant sur un des modèles existants, à travers un choix de peausseries, de montages, etc. Depuis nos débuts, nous avons évolué, et il est vrai que nous mettons désormais moins en avant les commandes spéciales car c’est un processus « en dehors du circuit classique ». En effet, sans tomber dans des délais aussi longs que pour la mesure, une commande spéciale implique toujours un temps d’attente pour le client car il est nécessaire qu’il soit bien conseillé, qu’il réfléchisse à ce qu’il souhaite. La procédure est aussi plus longue pour nous car même si nous travaillons avec des tanneurs très réputés comme Gordon-Choisy, il y a toujours un délai pour récupérer les peausseries. Tout cela prend du temps et rien ne doit être laissé au hasard.

Modèle Hannibal

Modèle Hannibal

En outre, les clients ont davantage tendance à fonctionner au « coup de cœur » car nous faisons beaucoup de séries limitées avec des peausseries qui sortent de l’ordinaire. De fait, notre offre en prêt à chausser est très variée comme en témoigne le nombre de formes (huit au total), de modèles et de patines que nous proposons. Et ce, tout en ayant une vraie identité.

FTDF : Pourriez-vous nous parler de l’esprit de Caulaincourt ?

Alexis Lafont : En créant Caulaincourt, j’ai tout simplement créé ce que j’aurais voulu voir exister en tant que consommateur. C’est-à-dire que Caulaincourt c’est avant tout des souliers fins, racés, mais pas longs. Je ne ferai jamais de formes typiquement anglaises ou typiquement italiennes, il y a une vraie volonté de créer quelque chose de différent et d’authentique.

Modèle One Cut

Modèle One Cut

Par ailleurs, au-delà des souliers eux-mêmes, je considère fondamental de prendre le temps avec le client pour l’accompagner et le conseiller, afin que l’achat des souliers soit véritablement un plaisir car il me semble que cela avait légèrement tendance à disparaître. L’esprit Caulaincourt transparaît aussi dans la manière dont nos magasins sont pensés ; il y a l’idée de créer une atmosphère qui ressemble plus à un salon qu’à un magasin de chaussures classique.

En définitive, si je devais résumer, la création de Caulaincourt s’est basée sur l’ensemble des éléments suivants : un bon rapport qualité/prix ; un style authentique ; une fabrication française artisanale ; des peausseries françaises ; une qualité d’accueil et de service.

FTDF : Vous avez lancé Caulaincourt en pleine période de crise, pourriez-vous nous faire part de cette expérience ?

Alexis Lafont : Lancer Caulaincourt en plein milieu de la crise pouvait effectivement sembler être un pari risqué au départ. Toutefois, je croyais très fort en mon idée et c’est pour ça que nous avons tout de même décidé de lancer le projet.

Bien nous en a pris car nos efforts ont été assez rapidement récompensés. Nous avons eu assez vite du succès et la presse s’est vite intéressée à nous. Ceci est sans doute la conséquence de notre identité forte. Je pense aussi que les clients ont ressenti notre volonté de faire du mieux possible tant sur le produit que sur l’accueil et le service.

Au-delà de la paire de souliers qui doit plaire nécessairement, je pense que le fait de traiter comme il se doit nos clients crée un cercle vertueux qui fait que les clients contents nous en amènent d’autres et ainsi de suite.

Il faut aussi dire que nous avons un rapport qualité/prix qui permet au client d’avoir une très belle paire de souliers pour moins de 400 euros (prix hors patine et embauchoirs) en moyenne, ce qui est intéressant pour un soulier très bien fabriqué avec une belle peausserie. Dans cette gamme de prix, nous sommes quasiment les seuls à proposer un produit de ce genre avec une identité forte.

Je pense aussi que la crise nous a, dans un sens, un petit peu aidés car les gens ont sans doute cherché plus d’authenticité et moins de marketing.

FTDF : L’offre de Caulaincourt est large et se renouvelle souvent, quel est l’impact sur le comportement des clients ?

Alexis Lafont : Un marché peut tout à fait se développer par l’offre plutôt que par la demande, j’en suis convaincu. Nous avons beaucoup de clients qui sortent de nos boutiques avec des modèles qu’ils n’auraient sans doute jamais pensé acheter. C’est ma récompense. En effet, je fais ce métier par passion et ce qui m’intéresse c’est de créer des modèles, de les développer et de proposer des formes qui sortent un peu de l’ordinaire. Ainsi, quand je m’amuse comme je l’ai fait cet été en créant, par exemple, un Mony Peny en veau velours bleu ciel et qu’ensuite les clients adhèrent, je trouve cela très sympa, c’est la meilleure gratification que je puisse tirer de mon travail.

Modèle Mony Peny en veau velours bleu ciel

Modèle Mony Peny en veau velours bleu ciel

Par ailleurs, nous vendons de plus en plus de patines et les clients font de plus en plus preuve d’audace dans leurs choix. Cela m’encourage à être toujours plus inventif.

FTDF : Quelles sont vos inspirations ?

Alexis Lafont : Honnêtement, tout et rien. Je peux être inspiré par quelqu’un que je croise dans la rue, par un film comme ce fut le cas pour la bottine Darjeeling de la ligne Club hiver qui m’a été inspirée par le long métrage Darjeeling Limited dont l’univers visuel et stylistique m’a beaucoup touché.

Modèle Darjeeling

Modèle Darjeeling

L’inspiration peut aussi venir de la volonté de créer un modèle qui pourrait se porter aussi bien avec un jean, qu’avec un costume ou un smoking, comme ce fut le cas pour le Hemingway.

Il s’agit parfois de défis, notamment lorsqu’on travaille sur des modèles qui sont d’apparence très simples tels que le One Cut ou le Maréchal mais qui sont très délicats à réaliser car il est difficile de créer un soulier à la fois beau et simple.

Modèle Maréchal patine violet aubergine

Modèle Maréchal patine violet aubergine

Cette inspiration que j’ai « au feeling » est toujours suivie par une validation technique, mais je ne fonctionne jamais par rapport à l’aspect commercial. Quoi qu’il arrive, tous les souliers qui sortent en boutique sont des souliers que j’ai moi-même envie de porter. Si ce n’est pas le cas, le modèle ne peut pas voir le jour quand bien même il plairait à d’autres personnes.

En revanche, le Maral sport m’a été inspiré par un certain nombre de mes clients qui sont en deux roues et qui souhaitaient avoir un montage leur permettant d’être encore plus à l’aise. Donc l’inspiration esthétique vient de moi, mais l’inspiration du concept du modèle vient de mes clients. C’est d’ailleurs pour cette raison que je passe énormément de temps en magasin avec mes clients : leur ressenti m’apporte beaucoup.

Modèle Maral Sport

Modèle Maral Sport

FTDF : Pourriez-vous nous parler de la clientèle de Caulaincourt ?

Alexis Lafont : Nous avons une clientèle très hétérogène, ce qui me rend d’ailleurs très heureux. Je trouve amusant qu’un jeune homme de dix-huit ans porte le même modèle qu’un homme de soixante-cinq ans. On trouve vraiment toutes les tranches d’âge, tous les métiers.

Je trouve cela amusant parce que c’est un petit peu là que je gagne mon pari, car cela veut dire que les gens achètent au « coup de cœur » des modèles sur lesquels je me suis énormément investi.

Modèle Pink

Modèle Pink

FTDF : Pensez-vous implanter prochainement Caulaincourt à l’étranger ?

Alexis Lafont : A court terme, non. Mais à moyen terme, peut-être. Pour le moment nous sommes concentrés sur l’ouverture de ce second magasin car nous avons réellement la volonté de maintenir  la qualité d’accueil et de service qui est la marque de fabrique de Caulaincourt. Il ne faut pas grossir trop vite au détriment du client car ce serait renier l’idée de départ de Caulaincourt.

Une fois que nous aurons réussi à nous développer en gardant la même qualité, nous verrons pour la suite.

Sinon, nous avons la chance d’avoir beaucoup de clients étrangers qui nous ont acheté plusieurs premières paires et nous ont donné un retour. Nous avons donc pris des notes sur leurs pieds et ils peuvent donc continuer à acheter via internet. Nous envoyons donc des souliers un peu partout dans le monde.

FTDF : Caulaincourt a débuté en faisant essentiellement du Blake avant de se diversifier par la suite, quelle est votre position sur le débat Blake/Goodyear ?

Alexis Lafont : Je ne considère par qu’il y ait véritablement un débat. Il faut pouvoir offrir différents types de souliers en fonction des besoins et des envies. Caulaincourt dispose aujourd’hui de cinq types de montage différents pour aller dans ce sens. Cela ne sert à rien de comparer un utilitaire Renault avec une Bugatti Veyron. Pour un livreur, la Bugatti ne va certainement pas l’arranger. Et inversement, l’utilitaire Renault ne sera pas d’une grande utilité pour un pilote de course. L’idée est un peu la même pour ce qui est des montages d’un soulier.

Pour Caulaincourt, l’idée directrice réside dans les formes : fines, racées mais pas longues. C’est ce qui est réellement important pour moi. Le montage doit, quant à lui, être adapté à l’usage que l’on va faire du soulier, c’est pourquoi nous privilégions un montage Goodyear pour un modèle robuste comme le Maral et un montage Blake pour un soulier plus habillé tel que le Maréchal.

FTDF : Quels sont les projets de Caulaincourt ?

Alexis Lafont : J’aimerais développer une ligne de maroquinerie digne de ce nom, avec des sacs de voyages notamment, mais c’est quelque chose qui prend vraiment du temps, il va donc falloir être patient. Nous allons sans doute développer une nouvelle offre de porte-cartes et de sacs 24h.

Enfin, je travaille actuellement sur deux ou trois modèles pour femme, inspirés de l’univers masculin, qui devraient sortir d’ici quelques mois.

For The Discerning Few remercie Alexis Lafont pour sa disponibilité, sa simplicité et sa gentillesse ainsi qu’Antoine Vignon, responsable du magasin situé boulevard Haussmann, et Christian Garcia, responsable du magasin situé rue Chomel, pour leur amabilité.

Interview réalisée par PAL et VM pour le compte de For The Discerning Few. Toute reproduction est strictement interdite sans l’accord des auteurs.

Photos fournies par Caulaincourt, tous droits réservés.

6 réflexions sur “Interview d’Alexis Lafont, créateur de Caulaincourt

  1. Claise dit :

    réussir à combiner élégance, confort et originalité est bien.
    réussir en plus à le faire à un prix raisonnable est très bien.
    réussir à rajouter l’écoute et la discussion avec le client est exceptionnel.
    Bravo!

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