La mort du smoking

Jadis, le smoking ou plutôt le dinner suit était une tenue formelle qui se voulait le comble de la galanterie. En effet, préconisé uniquement lors de dîners et autres soirées-cocktail, son objectif principal était de créer une sorte d’uniformité entre les hommes, afin de permettre aux femmes de briller davantage dans leur robe du soir.

Contrairement à ce que certains peuvent encore penser, le smoking n’est en aucun cas la tenue la plus habillée. Si l’on devait établir une hiérarchie des vêtements de sortie du moins habillé au plus habillé, cela donnerait la liste suivante : le costume de ville, le smoking, le costume trois pièces et enfin l’habit.

Dès lors, ne vous croyez pas au comble du « chic » sous prétexte que vous enfilez une veste de smoking. En fait, il vous faut porter un smoking lorsque le carton d’invitation présente la mention cravate noire (black-tie en anglais). Certes, il arrive désormais que certains se croient malins en arrivant à la réception avec un costume de ville et une cravate noire. Gardez-vous bien de les imiter.

S’agissant du vêtement lui-même, à part si vous vous trouvez convié à une soirée à Nassau, le smoking est toujours noir ou éventuellement bleu nuit pour ceux qui, à l’instar du Duc de Windsor, sont allergiques aux reflets verdâtres apparaissant parfois sur les étoffes noires placées sous la lumière.

Il n’existe que trois variantes acceptables, à notre sens, du dinner suit : une à veste croisée, à revers pointu ou plus rarement à col châle, et deux à veste droite soit à col châle, soit à cran pointu. Jamais de cran « sport » avec un smoking.

Cela va sans dire qu’un smoking n’est pas un simple costume noir porté avec un nœud papillon. Plusieurs éléments permettent de le distinguer aisément : les revers de la veste sont en soie ; on retrouve cette matière sur le pantalon en une seule bande longeant l’extérieur de la jambe ; le pantalon, plus étroit que celui d’un costume de ville, n’a pas de poche et se finit par un ourlet, il n’a pas de passant et tient donc à l’aide de bretelles et/ou de pattes de serrage.

La veste qu’elle soit droite ou croisée ne présentera en principe pas de fente à l’arrière. Quoi qu’il en soit, une fente centrale sur un smoking est une hérésie. La veste droite ne comporte qu’un seul bouton couvert dans le même tissu que les revers. Les poignets de la veste arboreront trois ou quatre boutons couverts. Lorsque la veste n’est pas croisée, il est impératif de porter un cummerbund : large ceinture de soie dont les plis sont orientés vers le haut.

Quel que soit le modèle choisi, les poches de la veste sont passepoilées sans rabats. Le nœud papillon sera noir et vous l’aurez évidemment noué vous-même.

Les souliers seront soit des richelieu à empeigne lisse noirs vernis ou extrêmement glacés, soit des Opera Pumps, bien que ces derniers soient quasiment introuvables de nos jours à part chez Brooks Brothers et Ralph Lauren.
L’absence de connaissance des codes, symptomatique dans l’ensemble du vestiaire masculin, est d’autant plus criante lorsque l’on s’intéresse au smoking et à ce qu’il est devenu aujourd’hui. En effet, l’essence même de ce vêtement n’est plus respectée et ceux qui croient assister à un retour du smoking se trompent lourdement. Désormais, ce que l’on appelle « smoking » présente des poches à rabat, des crans sport, deux ou trois boutons… Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder une cérémonie où les personnalités devraient être bien habillées (ou du moins faire un minimum d’effort en ce sens), telle que les Oscars.

Certes, le déclin et la quasi-disparition de cet habit n’est pas nouveau, puisqu’il remonte aux années soixante-dix/quatre-vingt. En revanche, sa « réinvention » et son retour au premier plan dans les collections sont une nouveauté. À titre d’exemple, la collection masculine réalisée par H&M en collaboration avec Lanvin était très axée sur le vêtement de soirée et avait pour pièce centrale un smoking. De plus, certains designers à l’image de Tom Ford ont contribué au retour de ce vêtement. Malheureusement, les codes ne sont plus qu’un lointain souvenir pour ces créateurs et les versions  proposées aujourd’hui sont d’un mauvais goût achevé.

Smoking Dior Homme Nouvelle Collection

En outre, certains, aussi mal inspirés qu’un chroniqueur footballistique sur Canal +, ont pris la mauvaise habitude de porter ce vêtement en plein jour, pensant sans doute que ça fait chic. Dès lors, ne soyez guère surpris de voir des hommes déambuler dans les rues  à toute heure du jour et de la nuit avec une veste ressemblant vaguement à un ersatz de smoking sur le dos, ayant l’air très satisfait d’eux-mêmes.

Nous ne sommes pas opposés aux créations, mais détourner ce vêtement qui se voulait être à l’origine la simplicité même, c’est créer pour créer. Et ça n’apporte rien.

12 réflexions sur “La mort du smoking

  1. Cervantes dit :

    Vous avez tout à fait raison sur le fond et sur ce qu’on n’a fait du smoking aujourd’hui.

    Par contre,certains estiment qu’une veste de smoking est toujours noir et jamais bleu nuit (en velours par exemple)….

    • forthediscerningfew dit :

      Merci pour votre commentaire.

      S’agissant de la couleur de la veste, à titre personnel nous préconisons évidemment une veste noire. Maintenant, il y a de nombreux débâts de spécialistes autour du « black tie ». Nous n’avons pas, par exemple, abordé le sujet du col cassé (certains estiment qu’il en faut un; d’autres pensent le contraire).

      Bref, comme tous nos billets, il y a certains partis pris. Nous ne pouvions pas être complets et exhaustifs sur le sujet et ce n’était d’ailleurs pas le but premier de cet article.

  2. JJB dit :

    Merci pour ce billet. Cela faisait longtemps que je n’avais pas posté sur FtDF même si je continuais à vous lire tous les jours.

    Au-delà du côté didactique, votre ton grincant et (parfois) cynique me réjouit.

    Mais j’aime aussi beaucoup les interviews; l’alternance billets/interviews est d’ailleurs ce qu’il y a de mieux!

    Merci de nous faire découvrire ces professionnels car, qu’on apprécie ou pas leur style, il faut bien reconnaitre que sans eux, on ne serait là que pour discuter de choses ayant pour le coup totalement disparu!

  3. Boris dit :

    Vous avez tout à fait raison. OK pour la création mais certains vêtements n’ont pas besoin d’être réinventer…ou alors ils perdent tout leur sens.

    Merci pour vos billet d’humeur et vos interviews très réussies!

  4. L'Amateur professionnel dit :

    Il y aurait beaucoup à dire, sans doute, sur ce sujet. Et dans l’ensemble, j’adhère à ce que vous dites. Deux petites réserves toutefois. Je ne pense pas qu’on puisse esquisser une hiérarchie des tenues comme vous le faites. D’abord parce que le costume trois pièces n’est rien d’autre que la « tenue de de ville » authentique – la version deux pièces, sans gilet, n’en étant qu’un avatar abâtardi. Ensuite parce qu’il faut comparer ce qui est comparable. Dans cette mesure, je dirais plutôt que le smoking est au frac ce que le costume de ville est à la jaquette (aujourd’hui disparue, hélas, sauf au Royaume -Uni où elle est encore portée, désignée sous l’appellation de « morning dress »). Et tout comme le costume de ville comporte différents degrés de formalisme (par la coupe du costume, ainsi que par les couleurs, les textures et les motifs choisis pour le costume, la chemise et la cravate), le smoking, lui aussi, peut se décliner du plus informel au plus formel, selon la coupe de la veste (croisée ou droite), le type de col (châle ou à revers pointus) et la chemise (à col turn down souple ou à col cassé rigide et détachable).

    Enfin, je crois l’avoir d’ailleurs déjà dit sur un autre blog, j’ai tendance à considérer le cummerbund comme un accessoire de petit goût. Vous aimez vraiment cet harnachement, vous ? 🙂 (Bon, d’accord, s’il s’agit d’une véritable longue bande de soie noire qu’on prend le temps d’enrouler autour de sa taille, admettons ! Mais de grâce, pas ce machin avec des courroies élastiques se terminant par une boucle métallique !) Soit la veste est croisée, et dans ce cas, elle demeure fermée toute la soirée et ne nécessite rien pour dissimuler la jonction entre le pantalon et le plastron de la chemise. Soit, version plus formelle, la veste est droite, et la seule solution vraiment acceptable dans ce cas est le port d’un gilet. Celui-ci étant soit noir, si possible dans le même tissu que le reste du costume, soit en piqué blanc, emprunté à la tenue du frac, comme cela se portait dans les années vingt et au début des années trente. Là aussi, il existe des versions « allégées » du gilet, ne comportant pas de dos (versions qu’on doit au futur Edward VIII, je crois bien). Mais bien sûr, le puriste rejettera résolument cette triste invention.

  5. Bibi dit :

    Bonjour,

    Tout d’abord, félicitations pour cet article.

    Ensuite, il y a quelque chose qui me chagrine. En effet, je ne sais quoi penser des smoking avec 2 boutons… Pouvez-vous me donner votre avis sur la question ?

    Enfin, nous trouvons aujourd’hui de plus en plus de « smoking » avec une fente d’aisance. C’est en cela la raison de votre article en partie. Cependant, en quoi une fente serait une hérésie, tandis que deux fentes pourraient être acceptable ?

    Merci par avance de votre retour.

    Bien cordialement.

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