Le nadir de l’horreur

Vous l’aurez sans doute remarqué comme nous, on croise de plus en plus d’hommes, en général assez jeunes, portant une « chemise ». Et on ne s’en réjouit pas, loin de là. En effet, ces « chemises » dont nous voulons parler aujourd’hui sont ces fameuses « chemises qui réinventent la chemise ». Pour ceux qui ne seraient pas choqués par une telle chemise (et il doit y en avoir à en juger par le nombre d’hommes qui en portent) nous allons tenter de la décrire subjectivement.

Tout d’abord, le col : il est immense. Sans doute sorti tout droit du cerveau fécond (en un mot) d’un designer illuminé ou désireux de se venger du port d’une minerve imposé par un médecin, ce col dit « Napoléon » est en général à deux, voire trois ou quatre boutons. A l’image des rasoirs à main qui proposent désormais 5 lames, on peut penser que cette surenchère ne s’arrêtera pas là. Les pointes du col ne sont pas en reste. Pour peu que le propriétaire de cette chemise ait un cou assez court et une petite tête, vous obtenez le contraire de ce qu’il faudrait précisément faire en matière de proportions. Autant dire qu’il est impensable de fermer le col complètement et que le port d’une cravate avec ces chemises est à proscrire (à moins de réaliser le plus énorme nœud Windsor qui soit). Mais le port d’une cravate est sans-doute le dernier des soucis des énergumènes portant ces chemises…
Ensuite, la chemise elle-même : l’une de ses caractéristiques est la présence de boutons carrés, souvent agencés par paire. Les poignets quant à eux présentent bien souvent un tas d’artifices, de languettes et autres coutures superflues.
Enfin, les jeux de couleurs sont très souvent affligeants. Ces chemises fantaisies présentent très souvent des liserés de couleurs différentes du reste de la chemise (voire un intérieur de col fleuri, à la manière de ce que faisaient Kenzo ou Christian Lacroix dans les années 90). Quant aux boutons, blancs ou nacrés sur une chemise classique, ils sont remplacés par des boutons de couleurs, souvent cousus avec des fils d’une couleur différente. Le tout pour un ensemble criard, encore plus aveuglant que le phare Xénon d’un scooter T-Max en pleine nuit.
Nous n’oserons même pas aborder ici la matière du produit. En effet, si à une cinquantaine de mètres, on peut faire l’erreur de penser qu’il s’agit de tissu, à 2 mètres on constate que cette matière se rapproche plus volontiers du carton.

Vous l’aurez compris, For The Discerning Few est résolument contre cette réinvention de la chemise. N’est pas Ozwald Boateng qui veut ; et si le créateur britannique a pour lui le talent qui lui permet de jouer avec les codes pour présenter des chemises pour le moins originales, il serait bon de revenir aux véritables fondamentaux de la chemise (qui permettent déjà de jongler avec de vraies coupes et de vraies matières).
Une dernière chose, à tous les aficionados du t-shirt qui imaginent être élégants parce qu’ils ont -pour une fois- une chemise sur le dos: Non, porter cette chemise, ce n’est pas « la classe ».
L’expression « le nadir de l’horreur » est empruntée à James Darwen, auteur du Chic Anglais.
Photos: Google Images

25 réflexions sur “Le nadir de l’horreur

  1. G. dit :

    Ahaha formidable ! Jouissif ! Mais ne critiquez pas trop ces chemises par pitié, ou à en influencer leur porteur vous me priveriez de mon plaisir quotidien. Il faut le dire, c’est quand même génial de voir ce genre de personnes ; la chemise est fréquemment assortie d’une énorme montre, de quelques bagues, dont une simili-chevalière, d’un denim « mode » – entendre délavé et troué, le clou du spectacle étant les derby-babouches-noires qui parachèvent l’ensemble. Je ne les remercierai jamais assez, il m’apporte ma dose quotidienne de dopamine.

  2. Romain dit :

    Je viens vous faire mon mea culpa. j’ai acheté, il y a quelques années (et je ne me l’explique toujours pas!!), une chemise « stanbridge » 3 boutons avec un col vertigineux, j’étais resté dans le sobre avec une couleur unie blanche. Je ne l’ai portée que deux fois … deux fois de trop.
    C’était évidemment une erreur car c’est juste horrible, et finalement cette chemise a servi à entretenir mes souliers … je pense que c’est le seul usage que l’on doit attendre de ce style de chemise

  3. Boris dit :

    Billet très amusant! Certains disent que ces chemises sont des chemises « à l’italienne ». Pourtant, lors de mes récents voyages en Italie, je n’ai pas constaté que ce genre de chemises couraient les rues…à l’inverse, on en voit partout à Paris.

  4. Martin dit :

    Bravo pour cet article !

    Ces « chemises » sont affligeantes. Et effectivement, on croise régulièrement le type d’énergumène décrit par G.

  5. Jonathan dit :

    Un collègue Allemand se pavane dans de telles « chemises » depuis quelque temps déjà…Alors que le seul Italien du bureau est un modèle d’élégance classique arborant toujours des mises impeccables. La semaine dernière, j’ai failli éclater de rire quand j’ai entendu le premier reprocher au second le caractère « fade et ennuyeux » (en VO, « dull and boring ») de ses tenues…

  6. ciccio dit :

    Je ne voudrais pas contraster avec le concert de louanges qui constitue l’ensemble des commentaires de ce billet, mais tout de même, est bien nécessaire d’enfoncer des portes ouvertes?
    chacun d’entre nous sait parfaitement que ces chemises sont affreuses.
    un blog de votre qualité ne devrait il pas plutot nous emmener vers le meilleur?

    ciccio

  7. Laurent dit :

    Meme avis que ciccio. C’est un peu comme les billets sur les stars ou politiques mal habillés : peu d’intérêt et au final loin d’être drôle. C’est a cause de ce nivellement par le bas que nous autres payons ce qui reste de qualité de plus en plus cher.

    Mais si vous voulez continuer dans cette lancee, j’insiste pour que vous fassiez un article sur les doudounes, si cheres au magazine Monsieur…

    • forthediscerningfew dit :

      Il n’y a pas de lancée.

      Nous préparons et publions des interviews exclusives que vous ne trouverez pas ailleurs. Il y a aussi des billets plus « légers », c’est vrai. Nous avons un lectorat assez vaste, il faut donc de tout (ou presque).

      Vous n’êtes pas obligé de prendre ce qu’on vous donne: libre à vous de choisir ce que vous voulez lire, ici et ailleurs.

  8. Benoit dit :

    Bonjour,

    Il semblerait que ça soit une seule et même usine turque qui arrose le marché depuis 4 ou 5 ans, dont la marque Xoos a été le fer de lance.

    Ce qui est étonnant, c’est de voir à quel point cette usine a réussi à placer ses produits, il y aura sûrement une intéressante étude de cas à faire…

    Maintenant, elles sont très connotées « beauf de province » (habitant en province, j’en croise régulièrement).

    Cela dit, rendons ce qui à César, il y a 5 ans, je m’étais acheté une chemise Xoos, à l’époque où elles étaient très sobres, en coton double retors. Et bien si le design a globalement (très) mal vieilli, je suis toujours étonné de voir qu’après autant de lavages en machine, le tissu a gardé tout son soyeux, les coutures sont à peine usées, le col est toujours autant rigide et le thermocollage n’a pas flanché (et pourtant, je ne l’ai pas ménagée cette chemise). Alors que je ne peux pas en dire autant d’autres chemises de marques censées être plus « haut de gamme ».

    • QualisArtifex dit :

      Bonjour,

      Manifestement ce billet fait réagir ;-). Même si je comprends le propos de certains commentaires insistant sur le nivellement par le dessus des articles de ce blog, ce fameux billet est catégorisé « Réflexions » (cf bas de l’article), il aurait très bien pu être catégorisé « Humeur ».
      Par conséquent, cela n’écorne en rien la qualité des reportages/interviews de l’équipe FTDF.
      Bien que les chemises présentées ne soient pas mon genre de beauté, j’admets avoir testé (il y a quelques années) les premières Xoos. Comme le faisait justement remarqué le commentaire de Benoit, les premières étaient plus « sages » (col à deux boutons et intérieurs de col et poignets plus discrets), le tissus chevron et les coutures sont de qualité correcte. Je n’ai jamais eu de souci de quelques natures que ce soit. Contrairement à une autre marque de chemise bien plus connue, mais pour ne pas dénigrer je tairais le nom (indice: commence par un « F » et finit par « igaret » ;-)) où les fils de couture ont été les précurseurs du biodégradable…Mais ça, c’est une autre histoire 😉

  9. DEXTER dit :

    Personnellement, j’ai donné un nom à ces chemises :
    je les ai appelé les  » glaucomes » …AIE mes yeux…

    Les photos sont particulièrement gratinées et il ne manque qu’un dernier petit détail dans votre article pour achever définitivement ce genre d’hérésie :
    ces chemises sont en matière synthétiques et les quelques personnes hébétées en portant que j’ai croisé illustraient à la perfection le fait qu’il est difficile de « se péter la classe » avec d’énormes auréoles sous les bras (et des lunettes de soleil qui mange la moitié du visage ).
    Le point commun aux porteurs de ces ….choses.. est l’espèce de tranquille assurance, voir d’arrogance pour les plus décérébrés, qu’ils affichent en toutes circonstances.Leur sentiment est sincérement d’avoir  » bien choisi » . Une telle béatitude est effectivement assez jouissive.
    Il ne faut surtout pas les décourager à porter cela, la turquie a besoin de leur argent.

  10. Sarkozette dit :

    Le point commun aux porteurs de ces ….choses.. est l’espèce de tranquille assurance, voir d’arrogance pour les plus décérébrés, qu’ils affichent en toutes circonstances.Leur sentiment est sincérement d’avoir ” bien choisi” . Une telle béatitude est effectivement assez jouissive.

    Je vois que les non porteurs sont dans le même cas !

    Ces chemises ne sont pas formelles, elles ne vont pas avec une cravate donc ceux qui les portes avec une cravate et un costume en pensant être classique avec une touche de fantaisie se trompent.

    Mais en casual, avec un jean, elles ne sont pas si mal. Pourquoi ne pas avoir des boutons carrés ? En quoi c’est tellement une preuve de mauvais gout que le bouton ne soit pas rond ?

    Bien sur, la qualité ne doit pas être bonne mais elle n’est pas pire qu’une chemise du même prix ailleurs !

    Et bien sur des tas de beaufs portent ca mais des tas de beaufs portent encore plus une chemise unie noire !!

  11. philippe dit :

    Je pense honnetement que les gens qui portent un jugement négatif sur ce genre de chemises feraient bien de se remettre en question peut etre non t’il pas assez de classe pour les porter,il en faut pour tout le monde ce que semble oublier certaines personnes regarder Karl lagerfeld la classe!!!!!!!

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