Interview exclusive d’Hervé Chayette

Aujourd’hui, For The Discerning Few vous propose une interview de Maître Chayette, éminent commissaire-priseur, spécialiste d’horlogerie ancienne et auteur de 76, Avenue Marceau.

For The Discerning Few : Pourriez-vous nous présenter votre parcours personnel ?

Hervé Chayette : J’ai suivi des études de Lettres Classiques et je suis un ancien élève de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. J’aurais donc dû poursuivre une carrière d’universitaire mais j’ai préféré devenir commissaire-priseur car j’avais un goût pour l’art et les objets. Mais aussi pour la vente aux enchères qui est un véritable spectacle.

FTDF : A quand remonte votre intérêt pour l’habillement ?

Hervé Chayette : Je suis né dans ce milieu car mes parents étaient tous les deux marchands de vêtements. En effet, ma mère a ouvert une des premières boutiques de vêtements sur les Champs-Elysées dans les années 30. Mon père, quant à lui, était tailleur et fourreur. C’était aussi un homme très élégant. J’ai donc baigné très rapidement là-dedans.

FTDF : Tout naturellement, vous vous êtes donc habillé en sur-mesure.

Hervé Chayette : Tout à fait, je me suis habillé comme mon père s’habillait. Il s’habillait essentiellement en sur mesure et dès l’adolescence, j’ai pris cette habitude. Il faut dire qu’à l’époque c’était plus commun qu’aujourd’hui.

FTDF : Et aujourd’hui encore, vous continuez dans cette voie ?

Hervé Chayette : J’essaie, mais avec l’âge vous prenez de la distance. Et, d’ailleurs c’est devenu un peu compliqué car les prix ont explosé, particulièrement à Paris. Dorénavant, je fais faire mes nouveaux costumes par un tailleur hongkongais. Mais je vis essentiellement sur un stock que j’ai acquis au fil des ans.

Par contre, s’agissant des souliers sur-mesure, je continue. C’est venu en même temps que le goût pour l’habillement. Mon père se faisait chausser par un formidable bottier qui s’appelait M. Nicoine, qui exerçait ses talents rue de Rome. J’ai d’ailleurs encore des chaussures de chez lui. La première fois que je suis allé le voir, je devais avoir 17 ans, donc ça remonte à loin.

FTDF : D’après votre autobiographie 76, avenue Marceau, vous avez eu, comme beaucoup de jeunes de l’époque, une période maoïste. N’était-ce pas contradictoire avec cette façon de s’habiller ?

Hervé Chayette : Si, bien sûr. C’était tout à fait contradictoire et, d’ailleurs, je passais pour un énergumène mais j’aimais bien ça.

FTDF : Avez-vous une icône de style ?

Hervé Chayette : Si je devais n’en citer qu’un, je dirais le duc de Windsor, Edward VIII.

FTDF : D’ailleurs, une partie de sa garde robe a récemment été vendue aux enchères.

Hervé Chayette : Effectivement, il avait une collection impressionnante et c’était un homme très élégant, même si le personnage était détestable.

FTDF : Comment définiriez-vous votre style personnel ?

Hervé Chayette : J’ai un style tourné vers le passé, très marqué par une époque. Cela fait très longtemps que je m’habille de la même façon.

FTDF : Que pensez-vous de ce qui se fait actuellement en France en termes d’habillement et de mode masculine ?

Hervé Chayette : Honnêtement, cela m’indiffère. Je ne pense absolument rien de la manière dont on s’habille aujourd’hui. Les gens s’habillent avec ce que la publicité leur met dans la tête. C’est : « je te prends ton pognon et je t’impose des choses ». Mais, étonnamment, s’habiller reste très important pour eux, ils font beaucoup d’efforts et dépensent souvent des sommes importantes pour des produits qui n’en valent pas la peine.

FTDF : Que signifie pour vous « être bien habillé » ?

Hervé Chayette : La manière de s’habiller a longtemps été une distinction sociale. On mettait une cravate ou pas. On portait un chapeau, on portait une casquette ou on ne portait rien. Aujourd’hui, c’est devenu plus compliqué car les gens qui dominent la société dans un pays comme la France ne sont pas très bien habillés. Les codes ont changé et ce ne sont plus forcément les miens.

FTDF : Respectez-vous certaines règles d’élégance ?

Hervé Chayette : Pas vraiment. Je crois que l’important, c’est ce qu’on voit. Rien ne doit « choquer » le regard. Mais la seule règle que je m’impose véritablement est celle d’avoir une veste et une cravate, car je fais un métier public. Je ne dirigerai jamais une vente à Drouot sans avoir une veste et une cravate, même s’il fait très chaud.

FTDF : Nous savons que vous êtes un client de Dimitri Gomez. Que vous apportent les souliers sur-mesure ?

Hervé Chayette : Une qualité supérieure indiscutablement. C’est aussi une façon d’encourager des artisans qui sont en voie de disparition. Mais comme je l’ai dit, je vis désormais sur un stock. Certaines de mes paires ont plus de 20 ans et vieillissent très bien.

FTDF : Vous avez une passion pour les montres et vous êtes un fin connaisseur en la matière. Si vous deviez nous conseiller un horloger, qui serait-il ?

Hervé Chayette : J’aime beaucoup les montres, c’est vrai. J’en vends beaucoup dans le cadre de mon métier. Et si je devais recommander un horloger, ce serait sans hésiter François-Paul Journe.

FTDF : Une petite question pour finir : poignets mousquetaires ou poignets droits ?

Hervé Chayette : Poignets mousquetaires. Par goût, car nous autres hommes n’avons pas beaucoup de possibilité de porter des bijoux ; on a les montres, les boutons de manchette et les épingles à cravate, même si  je ne pense plus trop à en porter. Cela m’amuse de conserver ce genre de choses. C’est mon « trip » personnel.

FTDF : C’est donc aussi un plaisir de bien s’habiller ?

Hervé Chayette : Oui. Même si ça peut être une corvée. Parfois je n’en ai pas envie et je mets « mon uniforme »…  Car comme le dit un proverbe connu dans le métier : « Pour être commissaire priseur, il ne suffit pas d’être idiot, il faut aussi être bien habillé ».

Voici une courte vidéo d’Hervé Chayette présentant son ouvrage 76, Avenue Marceau, dans le cadre de l’émission Un livre, un jour, sur France 3.

For The Discerning Few remercie Hervé Chayette pour son accueil, sa disponibilité et sa gentillesse.

Interview réalisée par VM & PAL pour le compte de For The Discerning Few. Paris, février 2011. Toute reproduction est strictement interdite sans l’accord des auteurs.

4 réflexions sur “Interview exclusive d’Hervé Chayette

  1. Hebe dit :

    Bon article, qui montre l’évolution, non seulement d’un homme, mais d’une époque.
    Je brûle de connaître le nom du tailleur hongkongais de M.Chayette. Je vis en effet à Hong Kong, et n’ai pas été pleinement satisfait des costumes que j’y ai fait faire… Le prix des tailleurs, sur place (je ne parle pas de ceux qui vous arrêtent dans la rue pour vous proposer leurs services) est d’ailleurs assez conséquent.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s