La buck

Le retour des beaux jours est l’occasion de nous pencher sur un soulier atypique qui a les faveurs de notre équipe : la buck.

L’origine de cette chaussure est sans doute à chercher du côté du vestiaire militaire (comme beaucoup de pièces du vestiaire masculin d’ailleurs) puisque certains marins en portaient lors de leurs escales. Si elles font désormais partie intégrante du « preppy style » américain, leur origine est cependant anglaise et c’est le Duc de Windsor qui les a rendues si populaire aux Etats-Unis. Son nom viendrait de la matière à partir de laquelle elle était initialement conçue à savoir le daim (buck).

Initialement, les bucks étaient donc réalisées en daim. Désormais, elles sont en veau velours ou plus rarement en nubuck (« new buck »). La particularité de ce soulier provient de sa semelle en caoutchouc rouge brique, assez épaisse, en cousu Goodyear.

S’agissant de la couleur de la peausserie, la buck « originale » est blanche ; pour les puristes, elle ne peut être que blanche d’ailleurs. Néanmoins, il en existe désormais de différentes couleurs et nous avons un faible pour les modèles bleus et dirty (beige), qui ont l’avantage d’être nettement moins salissants.

Enfin, si la buck est plutôt un derby à 3, 4 ou 5 œillets sans couture, il existe aussi des déclinaisons en « full brogue » voire en chaussures montantes type chukka. Certaines sont réussies, d’autres beaucoup moins.

Evidemment, nous savons que beaucoup d’entre vous sont sceptiques s’agissant de ce soulier très « typé » et nous n’avons pas trop de mal à imaginer ce que vous pensez: « Une épaisse semelle rouge ? Un débordant de semelle aussi conséquent ? Une forme extrêmement arrondie ? Pour l’été, rien ne vaut un mocassin à picots ! »

Pourtant, nous avons appris à apprécier ce derby atypique. D’abord, la buck procure un confort de marche sans pareil pour un soulier, c’est pourquoi nous pensons qu’elle est un excellent intermédiaire entre une paire de tennis et une paire de souliers à semelles de cuir. D’autre part, grâce à sa semelle rouge, elle permet des jeux de couleurs intéressants. Enfin, elle convient parfaitement aux mises estivales et posséder une paire de buck permet de laisser de côté de temps en temps ses éternels mocassins.

Que cela soit avec un jean, un bermuda (bien coupé) ou encore un pantalon en seersucker ou tout autre pantalon de type chinos (coupé à la cheville ou pas), avec ou sans chaussettes, vous ne serez jamais aussi confortable que dans une paire de buck, croyez-nous. Pour mémoire, de nombreux looks de la collection Hackett Printemps/Eté 2011 que nous avions sélectionnés présentaient un mannequin chaussé de bucks.

Source: Unabashedlyprep

Cette année, de nombreuses maisons proposent leurs modèles de bucks. Le plus dur n’est donc pas d’en trouver mais de faire le tri. Ainsi, nous avons retenu pour vous les modèles suivants:

– La Buck Manfield (fabriquée par Fairmount) : bon rapport qualité prix (180 euros).

– La Buck Sanders : maison anglaise créée en 1873, Sanders réalise entre autres de nombreux modèles de bucks très réussis. La marque fabrique aussi les modèles de bucks pour Mark McNairy. Leur site permet de commander en ligne. Comptez 195 euros pour une buck classique, davantage pour les modèles brogue, un peu moins pour les modèles montants. Ayant pu tester le produit, il n’y a rien à redire tant sur la ligne que sur la qualité.

– La Buck Mark McNairy : le très preppy designer américain a fait de la buck l’une de ses spécialités. La marque « Mark McNairy New Amsterdam » propose une gamme inventive et étendue de bucks. A Paris, vous en trouverez notamment chez Starcow, rue St Honoré.

– La Buck Crockett & Jones : modèle Dartford, une buck légèrement plus longiligne que les 2 précédentes, très réussie (360 euros).

Sachant que la buck blanche est un soulier que l’on porte (plutôt) au printemps et (surtout) en été, il est préférable d’investir dans un modèle de qualité, qui vous tiendra de toute façon plusieurs saisons (ces modèles pouvant être ressemelés). Vu la diversité des modèles et des couleurs, la buck tend toutefois à devenir une chaussure que l’on peut porter toute l’année. Evitez enfin les modèles trop pointus qui ne riment à rien ou ceux qui ont un bout dur qui remonte de manière improbable.

La mise en garde de For The Discerning Few : à l’image des semelles du modèle C&J, certaines bucks présentent des semelles légèrement crantées, pour une meilleure adhérence. Néanmoins, la plupart présente encore des semelles tout à fait lisses (c’est le cas des bucks Sanders par exemple). Autant dire que lorsque le trottoir est légèrement mouillé, vous risquez vite une mauvaise glissade. Dès lors, nous vous conseillons très fortement de ne jamais porter vos bucks sur un sol mouillé, sauf si la sensation de marcher sur un sol verglacé vous plaît.

Buck Sanders aux semelles lisses

25 réflexions sur “La buck

  1. Guillaume dit :

    Je suis assez d’accord avec vous sur ce soulier. La semelle de couleur est un détail amusant pour l’été. En revanche, ça reste un modèle dur à porter pour les petits gabarits je trouve (malheureusement pour moi), du fait de son aspect un peu « massif ».

    • forthediscerningfew dit :

      Comme on dit, « il faut le voir porter ».

      Aux pieds, l’impression « massive » est largement atténuée. C’est un soulier large certes, mais très ramassé et il ne donne pas l’impression que peuvent donner certains souliers très longs et très fins.

  2. fonzie dit :

    Si vous les chercher en version mini ‘LIL’mcnairy….vous pouvez les trouver chez GOMINA
    (36saintonge) . Long life to ‘fordiscerningfew’, we love it ! peace ,

  3. G. dit :

    Article particulièrement bien documenté et intéressant, merci beaucoup. Je n’ai pas, en revanche, particulièrement bien compris la distinction entre daim, veau velours, et nubuck. Concernant la question des semelles glissantes, elle ne me pose pas selon moi ; je fais poser systématiquement un patin et des fers.

    • forthediscerningfew dit :

      Concernant le patin et le fer, il semble difficile (voire impossible) de faire visser un fer sur une semelle en caoutchouc telle qu’une semelle de buck. Concernant le patin, il en faudrait un rouge pour bien faire les choses…

      Pour la distinction, il s’agissait simplement de montrer que la racine entre « buck » et « nubuck » (new buck) était commune. Le mot « nubuck » veut dire « new buck », à savoir « nouveau daim ». En effet, le véritable daim (provenant de l’animal du même nom) n’étant plus utilisé en PaP, le nubuck et le suède (veau velours) viennent le remplacer.

      La différence est la suivante: le nubuck provient de la surface extérieure du cuir (comme le box); il a été poli afin de donner cet effet velouté. Le veau velours quant à lui provient de la face intérieure du cuir.

      • G. dit :

        Merci pour ces précisions très instructives concernant le nubuck le daim ainsi que le veau velours. Concernant le patin, je n’avais pas pensé à la semelle de gomme ! Imparable, du travail de professionnel.

  4. Hebe dit :

    J’en veux. La buck blanche est LA chaussure d’été. Les autres aussi, mais la blanche…
    Il y a aussi: la buck de Brooks Brothers, celle de Ralph Lauren, et une foultitude d’autres modèles vendus aux USA, et fabriqués au Brésil, au Mexique… Voir aussi le site de «Très bien» qui en propose deux modèles.
    Probl1ème de taille (justement): commander la bonne pointure, quand on n’a pas accès comme c’est mon cas à des boutiques proposant ces chaussures, et le coût de l’expédition.
    En effet, ma pointure, sur des chaussures affichant des pointures françaises, varie du 39-1/2 au 41. Dès lors, acheter sans essayer, n’est-ce pas…
    Et allez donc écouter la chanson «White bucks and saddle shoes»: Les «bucks» pour les garçons, les «saddles» pour les filles!

  5. Robin N. dit :

    Belles chaussures !
    Il me semble que la semelle rouge (à l’époque corail) était à l’origine présente sur les saddle-shoes.
    On raconte que ce serait Spalding (oui, comme les ballons de basket) qui, voyant ses modèles de saddle-shoes utilisés en dehors des terrains de sport, aurait eu l’idée de développer la fameuse semelle corail. Cette semelle fut adoptée car elle avait l’avantage de ne pas marquer le sol avec des saletés collectées dans la rue !
    J’adore les anecdotes comme ça, bonne continuation !

  6. Clubman dit :

    Dernièrement, j’ai moi même eu ma père de Buck par le père Noël! Modèle de chez Sanders comme vous le dites de très bonne facture! Seule petite exception et non des moindres pour les puristes, les miennes sont marrons et en cuir grainé! (from: oipolloi.com). Ce qui me permet de les porter sans hésitation hors de la saison printemps-été!
    Très beau travail de recherche, je n’avais à présent rien trouvé sur le sujet!

    Bonne et heureuse continuation à toute l’équipe!

  7. KOISSY dit :

    Les bucks sont un classique de tout vestiaire preppy qui se respecte…
    Pour ma part, je n’ai pas attendu qu’ils soient en vogue aujourd’hui pour les arborer fièrement dans la version saddle en croute de cuir sable et box marron moyen signés Fairmont.

    • JJB dit :

      C’est vrai qu’on en voit dans les vitrines. Cependant je n’en vois pas beaucoup aux pieds des gens dans les rues…

      Il faut attendre que des marques médiocres fassent leurs modèles (ratés) avant d’en voir partout…

  8. Arkie dit :

    Merci pour cet excellent article, c’est exactement ce que je cherchais pour aller avec mes chinos cet été (orange, bleu ciel pour commencer, l’été se profile coloré !)
    donc j’en profite pour vous signaler que le prix chez Fairmount est de 155€, avec de jolis pochons blancs en toile. Effectivement les buck, dans mon souvenir, c’est blanc, et jamais sous la pluie !

    longue vie à ce merveilleux blog,

    A.

  9. Tomo dit :

    Merci infiniment pour cet article instructif, rafraîchissant et drôle. Il donne réellement envie de se prendre une buck. Au risque de m’attirer la ire « sartoriale », que pensez-vous des Repetto? Je suis conscient que la couleur exceptée, elles ont peu en commun avec la buck.

    Par ailleurs, ayant remarqué que ce blog était digne de puristes, je me permets d’avancer une proposition de révision du texte: « Pour mémoire, de nombreux looks de la collection Hackett Printemps/Eté 2011 que nous avions sélectionné présentaient un mannequin chaussé de bucks. » Etant ultérieur au complément d’objet direct « nombreux looks ».L’adjectif participe passé « sélectionné » se doit d’être accordé au pluriel, il me semble,

    Ce détail excepté, c’est un travail de professionnel et de passionné, enivrant pour le bleu que je suis.

    Bien à vous,

    Tomomitsu

    • forthediscerningfew dit :

      Tomomitsu,

      D’abord merci pour votre commentaire et votre correction pertinente.

      Concernant les Repetto, nous n’en possédons pas bien qu’il s’agisse de chaussures « historiques ».

      Tout ce que nous pouvons dire, c’est que nous sommes un peu sceptiques s’agissant du rapport qualité/prix.

      Bien à vous.

    • Hebe dit :

      Bonjour,
      J’ai personnellement craqué deux fois pour les «buck» blanches, une paire sur mesure, 350 euros, et une paire de chez Tricker’s, que le marhand ne devait sans doute pas arriver à vendre, et que j’ai eue pour l’équivalent de 100 euros. Sans exagérer, c’est une chaussure superbe, confortable (plutôt qu’une origine militaire, je lui verrais une origine de chaussure de sport, et tous ceux qui ont parfois l’envie de marcher en «tennis» ou en «baskets» devraient y penser) qui se porte bien avec le blazer, le seersucker, un costume en lin, ou avec un chino, un jean, pourquoi pas…
      Pour la Repetto, je ne comprends pas… Il me semble que la semelle rouge, ou brique, si confortable des «white bucks» disparaît, et fait perdre beaucoup d’intérêt à la chaussure

      • Tomomitsu dit :

        Merci Hebe pour votre réponse.

        Je me suis mal exprimé, je suis bien conscient que la Buck et la Repetto sont deux paires bien distinctes.

        Passant du coq à l’âne, je demandais à la volée, l’avis des afficionados éclairés de ce blog. Il semblerait que la Repetto ne retienne pas votre intérêt.

        A dire vrai, je ne pensais pas strictement aux paires Repetto (dont le prix me semble exagéré), mais plutôt au modèle lui-même, pour l’été.

        J’ai regardé sur le site de Tricker’s: je n’ai pas trouvé de Buck chez eux, vous en avez de la chance d’en avoir dégoté à ce prix si intéressant. Vive Northampton !

        Bien cordialement,

        Tomomitsu

  10. Bouba dit :

    coucou à FTDF
    je déterre cet article car j’adore le style du monsieur d’un certain âge assis et passant un coup de fil, Buck blanche (superbes!) au pied. Sur la photo il porte un bracelet de cheville, ET j’adore…Savez vous où je puisse trouver un tel bijoux, j’en avais un en bois de rose et qui s’est cassé, et étant de la même couleur de peau que le monsieur, j’aimerai avoir qq chose de plutot discret, cad pas trop gros. Merci d’avance

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