Interview exclusive de Michael Rollig

Nous sommes heureux de vous présenter une interview du designer autrichien Michael Rollig : fondateur de Saint Crispin’s (« meilleurs souliers du monde » selon les connaisseurs) et cofondateur de Zonkey Boot.

The interview in English.

For The Discerning Few : Pourriez-vous présenter et évoquer votre parcours ?

Michael Rollig : Cela fait 27 ans que je suis dans la chaussure, mais j’ai commencé en tant que designer industriel. C’est donc par accident que je me suis retrouvé à designer des chaussures. Alors que j’étais encore étudiant, j’ai été contacté par Ludwig Reiter, un fabriquant de chaussures localisé à Vienne qui à l’époque était au bord de la faillite. Leur idée était d’embaucher un designer qui n’avait jamais designé de chaussures de manière à ce qu’il crée des chaussures qui n’avaient jamais été créées auparavant. Bien évidemment ce fut un échec total !

Cependant, cette expérience m’a permis de me rendre compte à quel point il était fascinant de dessiner et de fabriquer des chaussures. J’ai donc commencé à réaliser des patronages avec l’aide d’un ouvrier de l’usine. Cette période a vraiment été un tournant dans ma carrière, car par la suite Ludwig Reiter a connu un franc succès en étant un des seuls fabricants à produire des chaussures montées en Goodyear.

J’ai ensuite travaillé en free-lance pour de nombreux fabricants et de nombreuses marques. Dans le même temps, je me suis mis à faire des chaussures sur-mesure avec  l’aide d’un bottier turque. J’ai au départ fait ça pour impressionner les fabricants pour lesquels je travaillais car à l’époque les chaussures entièrement faites à la main étaient très peu en vogue.  Mais c’était vraiment une occupation en marge de mon travail, les chaussures que je réalisais ne chaussaient jamais, c’était une catastrophe ! Mais je m’en moquais car il s’agissait d’un hobby. Toutefois, cela m’a permis de réintroduire certaines techniques qu’employaient les bottiers dans le cadre d’une production industrielle concernant les bouts durs par exemple.

Après avoir travaillé en freelance, j’ai eu envie de développer ma propre ligne de chaussures entièrement faites à la main et j’ai donc créé Saint Crispin’s. Il fut difficile de trouver un endroit où je pouvais fabriquer ces chaussures mais il y a quinze ans, j’ai créé une petite usine en Roumanie qui existe encore aujourd’hui.

Malheureusement, je n’ai pas réussi à mettre en place une stratégie marketing judicieuse pour développer Saint Crispin’s alors même que j’avais pour ambition de faire les meilleures chaussures du monde. Je voulais faire un prêt à chausser entièrement fait à la main proposé au même prix qu’une paire d’Edward Green ou de John Lobb. Mais la crise m’a fait énormément de mal et les commandes ont diminué de 40%.

C’est à cette période, il y a deux ans, que j’ai rencontré Alexandra qui m’a interviewé pour Forbes Magazine. Au bout de quelques mois, nous nous sommes installés à Vienne ensemble. Nous voulions créer quelque chose de nouveau car j’en avais assez du sur-mesure et de diriger un atelier à l’étranger. Nous avons donc créé Zonkey Boot.

FTDF : Qu’est-ce qui vous caractérise en tant que designer ?

Michael Rollig : Je suis intéressé par la technique, par la manière dont les choses sont faites. J’ai créé des choses nouvelles, mais j’aime les modèles propres. Décorer à outrance une chaussure ne m’a jamais intéressé.

FTDF : Quelle était votre idée en créant Zonkey Boot ?

Michael Rollig : Mon but premier était de faire des chaussures élégantes et de bonne qualité mais moins chères que ce que je proposais à l’époque avec Saint Crispin’s. Nous avons donc rencontré les frères Giacometti dans leur usine située à Venetto qui produit aujourd’hui nos chaussures. Nous travaillons avec eux car ils sont capables de fabriquer des chaussures dont la semelle est cousue à la main. C’est un point crucial car cela rend la chaussure beaucoup plus confortable, en effet je trouve que les cousus Goodyear réalisés à l’aide de machines sont trop rigides. La différence est vraiment incroyable, on gagne énormément en flexibilité et en confort. Ce sont les valeurs de Zonkey Boot : la qualité et le confort. En effet, dès la création de la marque, j’ai considéré que le confort devait être capital, j’ai 55 ans, j’en ai ma claque des chaussures trop dures (rires) !

FTDF : Quelles ont été vos inspirations pour vos collections ?

Michael Rollig : Lorsque je travaillais pour Saint Crispin’s, je portais toujours des costumes et des chaussures bien cirées et j’étais très inspiré par les tailleurs napolitains donc les modèles que je mettais au point étaient avant tout classiques. C’était très facile pour moi, je n’avais pas à réfléchir, je savais exactement ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas.

Puis, il y a environ trois ans, j’ai commencé à en avoir marre de mes costumes et de mes chaussures bien cirées. C’est pourquoi les modèles que j’ai mis au point pour Zonkey Boot sont des chaussures qui répondent à un besoin : des chaussures élégantes mais aussi polyvalentes qui pourraient par exemple me permettre de me promener dans les bois ou de faire du vélo sans être trop soucieux de les mettre à mal. Je me suis mis à reporter des jeans ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps, il me fallait donc des chaussures qui iraient bien avec  car j’ai toujours méprisé les types qui portent des richelieus bout  droit noirs avec un jean. Je trouve que c’est symptomatique d’un manque d’imagination et de personnalité assez dramatique.

J’avais aussi besoin de chaussures pour l’été et les journées très chaudes car c’était toujours un problème avec Saint Crispin’s. En effet, quand je créais un mocassin, il était vendu 900 euros, ce qui était un peu prohibitif pour une paire de chaussures d’été. Les mocassins Zonkey Boot sont vendus autour de 400 euros ce qui reste cher, mais bien plus abordable.

En fait, je voulais mettre au point des chaussures fonctionnelles, en me préservant des effets de mode.

FTDF : D’où vient le nom Zonkey Boot ?

Alexandra Diaconu (Co-Fondatrice de Zonkey Boot et fiancée de Michael Rollig) : Zonkey est un mot anglais qui désigne un croisement entre zèbre (Zebra) et un âne (Donkey). Michael aime les ânes, j’aime les zèbres et lorsque nous recherchions un nom pour la marque j’ai fait une rechercher google et je suis tombée sur Zonkey. Nous avons ajouté Boot pour que les gens sachent immédiatement de quoi il s’agit.

L’âne représente la qualité et la résistance ; le zèbre représente  le style et le charme. Nous voulons que nos chaussures aient ces qualités donc cela fait sens.

FTDF : Quelles sont les peausseries et les matières que vous utilisez ?

Michael Rollig : Nous utilisons principalement de la Vachetta que nous exploitons sur ses deux faces. Nous utilisons aussi du box calf que nous teignons nous même. Nous avons aussi du crocodile que nous teignons à notre guise, de la toile et bien évidemment du veau-velours dans de nombreuses couleurs.

FTDF : Aujourd’hui, quelle est votre ambition ?

Michael Rollig : Devenir riches et célèbres (rires) ! Non, plus sérieusement notre ambition est de continuer à proposer des chaussures exceptionnelles à un prix raisonnable ; je ne veux pas prendre mes clients pour des bananes. Pour être très clair : faire du bon travail payé à sa juste valeur.

For The Discerning Few tient à remercier Alexandra Diaconu & Michael Rollig pour leur disponibilité, leur simplicité et leur gentillesse.

Interview réalisée par PAL et VM pour le compte de For The Discerning Few. Paris, juin 2011. Tous droits réservés.

8 réflexions sur “Interview exclusive de Michael Rollig

  1. Frank dit :

    Des chaussures originales mais je comprends le positionnement! St Crispin parle pour M.Rollig, il doit réaliser des chaussures de grande qualité.

    Merci pour vos interviews.

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