“No brown in town” et autres règles: Who cares?

Précisons d’ores et déjà que nous ne parlerons pas ici des règles régissant les tenues de mariage ou autres tenues corrélées à un évènement particulier.

Les hommes concernés par l’élégance classique connaissent la plupart des règles –parfois contradictoires – qui régissent la façon dont on est censé se vêtir. Néanmoins, et vous l’avez remarqué comme nous, les codes de l’élégance classique se perdent chaque jour davantage. Même  l’élégance de base – costume, cravate, chaussures cirées – est elle aussi en voie de disparition.

Dès lors, il convient de se poser la question de la pertinence de certaines règles d’élégance aujourd’hui.

Par le terme « règles », nous entendons les quelques formules byzantines du type : « No brown in town » ; « No brown after 5 » (ou 6, ou 7, etc.) ; « Pas de pochette avant 18h », etc. En effet, certaines de ces règles s’apparentent davantage à une source de blocage pour la majorité des hommes qu’à un fil rouge qu’ils parviennent à suivre et elles sont, à ce titre, contreproductives.

En effet, les sermons péremptoires  de certains grands penseurs nous paraissent aller contre ce pourquoi ils se battent (ou font semblants) à savoir conserver une certaine idée de l’élégance. Pourquoi, par exemple, interdire certains motifs comme le prince-de-galles en ville ? Pourquoi désormais interdire les souliers marron ailleurs qu’en rase campagne ? Ces interdictions n’ont plus lieu d’être en 2011.

Certes, on peut discuter du bien fondé du port d’un costume prince-de-galles en ville pendant 3 heures. Mais enfin, ceux qui ne vont jamais (ou rarement) à la campagne devraient alors se priver du plaisir de porter un tel costume ? Non. Pas nous en tout cas.

De même pour les souliers. Certains pénibles claironnent “No brown in town”. A part pour la rime, cette phrase ne correspond plus à grand chose. Que signifie « en ville » en 2011 ? Rien. D’ailleurs, cela signifierait que l’on serait condamné à porter des souliers noirs toute l’année, sous prétexte que l’on fait partie des 60% de Français habitant en zone urbaine ? Ce n’est pas très réjouissant.

I know what you're thinking punk: "No brown in town", huh?

Les mêmes diront encore « No brown after 6 ». Ou 5, ou 7, etc. Cette seconde règle nous semble moins contraignante que la première mais tout de même : d’un point de vue strictement pratique, si vous êtes sorti pour la journée chaussé d’une paire de souliers marrons et que vous ne regagnez vos pénates qu’après la nuit tombée, que faites-vous ? Epargnez-nous un remake du film Saw, s’il vous plait. En outre, si vous voulez porter vos plus beaux souliers en veau velours un soir, who cares ? L’important n’est pas là. L’important, c’est de prendre du plaisir à s’habiller, sans se sentir stresser par un quelconque enjeu. Mais chez certains, la frontière entre passion et pathologie est parfois mince.

Nous sommes beaucoup à avoir lu Le Chic Anglais de J.Darwen. L’auteur y-décline parfaitement un certain nombre de règles d’élégance. Si cet ouvrage est une mine d’informations concernant les codes de l’élégance classique, il ne faut pas oublier qu’il est écrit avec un humour très « second degré ». Par ailleurs, il n’est pas concevable d’avoir un maitre absolu en quelque matière que ce soit, élégance comprise, car il faut savoir prendre un moment pour regarder, réfléchir, comprendre et in fine se faire sa propre idée.

Certes les nombreux codes distillés par J.Darwen sont intéressants et méritent d’être connus car ils sont un pan fondamental de l’élégance. Mais ils s’imposaient aux gentlemen anglais à une époque révolue. Nous ne sommes ni Anglais, ni gentleman. Et si nous connaissons des Anglais, nous ne connaissons par contre aucun gentleman.

Nous serions déjà satisfaits de croiser  à Paris –capitale de la mode et du bon goût – davantage de costumes prince-de-galles (par exemple) bien coupés, avec des souliers marron bien entretenus, et ce, en pleine nuit.

Pour finir, les quelques règles (non exhaustives) listées ici doivent à notre sens être rapidement dépassées sous peine d’être un carcan qui ne laisse aucune place à l’originalité dont tout élégant devrait faire preuve régulièrement.

16 réflexions sur ““No brown in town” et autres règles: Who cares?

  1. Hebe dit :

    Bonjour,
    Je suis bien d’accord. Un petit tour en Angleterre et hop, on se demande pourquoi il faudrait suivre le diktat de ces messieurs, il y a tout de même de tout dans leurs rues, et ce n’est pas toujours le temple du bon goût, ni très frais.

  2. Le Paradigme de l'Elegance dit :

    Bonjour à vous deux,

    Merci pour votre article, que j’ai beaucoup apprécié.

    Je pense tout comme vous que la majorité des règles n’ont plus d’utilité aujourd’hui. Cependant, j’en tire une conclusion différente, car les respecter, c’est pour moi synonyme d’émotion, vu qu’il s’agit de faire revivre des traditions. Ce ne sont que des contraintes si on les vit comme telles. D’autre part, je considère que l’élégance sans règles peut vite s’apparenter à de la mode. Mais cela ne m’empêche pas de porter une veste en tweed ou des souliers bruns en ville, en très souvent de surcroit 😉 Le tout est d’être au fait des règles que l’on transgresse, et pourquoi on les transgresse, non ?

    Et je vous rejoins également sur le fait que ces ‘règles’ peuvent vite perdre ceux qui commencent tout juste à s’intéresser à l’élégance. C’est en effet regrettable.

    A très bientôt

  3. h dit :

    « A titre personnel, nous ne sommes ni Anglais, ni gentleman. Et si nous connaissons des Anglais, nous ne connaissons par contre aucun gentleman. »

    Y a t-il un second degré quelque part que je ne comprendrais pas?

    Gentleman n’est pas un défaut après tout, c’est assez respectable.

    • forthediscerningfew dit :

      Aucun second degré. C’est une vérité.

      Si être « gentleman » n’est certainement pas un défaut, les personnes se qualifiant ainsi n’en sont assurément pas. Pour avoir de la valeur, un tel qualificatif doit être donné par autrui.

      Mais cela n’est pas le sujet ici.

  4. Alban dit :

    Merci d’avoir ramené le sujet sur la table.

    « No brown in town »! C’est une belle bêtise à mon sens.

    Une seule remarque essentielle en ce qui me concerne, « no black in town » (je n’ai aucun soulier noir). Personnellement l’alternative au marron n’est pas le noir mais de la couleur sur de beaux souliers … et « je travaille dans des bureaux » (comme dirait l’autre)!

    L’élégant est celui qui a un certain sens de l’esthétique et de l’harmonie … et qui l’assume et le porte bien (sans surjouer).

    Bien à vous.

  5. Erichtonius dit :

    Le « gentleman » ne se définit pas par son élégance mais par son éducation, c’est-à-dire avant tout par son appartenance à un milieu social et son maintien à un certain statut. Les règles et leur respect sont un moyen de reconnaître en l’autre une existence sociale, et pour soi de tenir son rang. Les plus fondamentales sont innées. Les plus superficielles ne sont observées strictement que par ceux dont le statut est récent ou précaire : les nouveaux convertis sont toujours les plus orthodoxes. Si nombre de ces règles prévalent encore dans une certaine éducation, celles que vous mentionnez ne sont de mise que dans des situations sociales précises. Vous ne porterez pas de souliers marron à l’opéra, pas plus que dans un salon élégant ou à votre bureau, si vous êtes banquier ou avocat – parce que cela va de soi. Mais l’après-midi, sans obligations mondaines ou professionnelles, un costume prince-de-galles et des souliers en veau velours seront très élégants. En revanche, le port de la pochette avant ou après une certaine heure n’a pas de sens : il rappelle simplement l’époque où les habits n’avaient pas de poche à cet endroit. Depuis, on y met un mouchoir, et il n’y a pas d’heure pour cela.

    Les règles ne s’appliquent que dans des situations données car elle régissent des comportements ou des rapports sociaux. De la même manière, une veste de tweed ne sera pas, en soi, déplacée à Paris : elle montrera simplement que vous êtes hors de toute activité mondaine ou professionnelle codifiée. A la Belle époque, il était d’usage, lorsque la saison parisienne touchait à sa fin, et que les visites mondaines s’interrompaient, de s’habiller de tweed, à Paris même, avant de gagner sa campagne : c’était le signe que la saison était finie. Les règles des Anglais sont strictes parce qu’elles ont été figées dans les rapports professionnels de la City, et que le respect de certains codes identifie le statut professionnel de la personne. En matière d’élégance comme de bienséance, respecter les règles, c’est avant tout respecter l’occasion.

    E.D

    • Matou Ecureuil dit :

      Je suis avocat et je porte du marron au bureau… Cela peut vous choquer, mais cela ne choque pas mes clients. Quant à mes collègues, il est rare de les voir en costume. Vous avez une drôle de conception de la manière dont un avocat doit s’habiller.

  6. Poc (@CalatravaCH) dit :

    Ces règles me semblent être paradoxalement faites pour les gens qui n’ont que peu, voire même pas de goût du tout.

    Costume anthracite, chaussures noires, chaussettes noires, chemise blanche, etc. Il est certain qu’avec une telle panoplie, on a peu de chance de se tromper !

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