« Here come the Men in Black »

 

« Vous ne porterez que des vêtements spécifiquement autorisés par les services spéciaux des MIB. Vous vous conformerez à l’identité que nous vous attribuerons. Vous mangerez où nous vous le dirons, vivrez où nous vous le dirons. Désormais, vous n’aurez plus aucun signe distinctif quel qu’il soit. Vous ne vous singulariserez en aucune façon. Toute votre image est modelée pour ne laisser aucun souvenir durable chez ceux que vous rencontrerez. Vous êtes une rumeur, vous ne laisserez qu’une impression de déjà vu et on vous oubliera en un éclair. Vous n’existez pas, vous n’êtes jamais venu au monde. L’anonymat est votre nom.»

Rip Torn aka. Agent Z. dans Men In Black, 1997.

C’est en commençant par cette réplique mémorable tirée du premier opus de la série des films « Men In Black » que nous souhaitions effectuer un petit billet d’humeur à propos d’un mythe vivace dans le petit monde de l’élégance masculine : celui qui voudrait qu’un homme ne puisse être qualifié d’élégant dès lors qu’on le remarque ou qu’on se retourne sur son passage (dans la rue, à une réception, etc.) Cette phrase est symptomatique de l’état d’esprit de certains.

A notre sens, cette affirmation, déclinée à de nombreuses reprises par des connaisseurs et qu’on aime afficher ici et là, se trouve périmée aujourd’hui (et elle l’est déjà depuis un certain nombre d’années).

Certes, on ne se vêt pas correctement afin d’être remarqué à tout prix mais avant tout pour se faire plaisir à soi-même. Une telle manière de faire n’est de toute façon pas très maligne pour la simple raison qu’il n’est plus nécessaire d’en arriver là aujourd’hui pour faire un impact. En effet, même dans les mises mortellement classiques – que nous affectionnons – les gens remarqueront que vous êtes bien habillés. Ils penseront même que vous avez passé 3 heures devant votre placard à confectionner votre tenue alors qu’il n’en est rien. Évidemment, ils passeront à côté de l’essentiel (la coupe, les proportions, les éventuels rappels de couleurs, etc.) mais ils se diront que vous avez du faire un gros effort, alors que pour vous, ca ne sera qu’une habitude, qu’une routine tenace.

Dès lors, cela voudrait-il dire que vous n’êtes pas élégant puisqu’ils vous ont remarqué ? Nous ne le croyons pas. Car enfin, ceux qui passent inaperçus sont bien souvent ceux qui s’habillent mal. Pas forcément « le plus mal » (eux non plus ne passent pas inaperçus), simplement « mal », comme beaucoup.

Un "costume d'Edgar", pour ne pas passer inaperçu sans pour autant être élégant...

 A l’heure actuelle, pour peu que vous ayez l’audace de mettre une cravate sous un cardigan, accompagné – par exemple – d’un pantalon en velours, un énergumène peut très bien vous lancer, goguenard : « Alors, tu vas à un mariage ? » De fait, pour peu que vous soyez un minimum concerné par l’élégance, vous vous ferez remarquer.

Les Men In Black sont invisibles car ils ne marquent pas les esprits (pas besoin pour ça de « neurolaser ») et ne se « singularisent » pas; en costume noir toute l’année – le « dernier costume de leur vie » – ils se fondent dans la foule. Quoi de plus passe-partout et effacé qu’un ensemble « costume noir, chemise blanche et cravate noire » ? Rappelez-vous ce que l’on disait du smoking à propos de l’uniformité qu’il crée entre les hommes lors d’une soirée « black-tie ».

Être invisible, être comme les autres, ne laisser aucun souvenir durable à ceux que l’on rencontre… Est-ce réellement ce que veut un homme, pas pour autant narcissique ou imbu de sa personne ? Non, sans doute. De là à vouloir focaliser l’attention, il y a quand même un monde…

Pour l’exemple, prenons une mise que nous aimons particulièrement et qu’il nous arrive fréquemment de reproduire, au moins dans l’esprit (tirée du film The Good Shepherd (Raison d’Etat), de R.De Niro dans lequel Matt Damon joue un agent de la C.I.A) :

Complet gris, chemise blanche, rep tie (ou cravate unie), imperméable beige, une paire de richelieu noirs, des lunettes type « browline glasses ».

L’esprit de cette tenue est mortellement classique, à la limite de l’ennui. Pourtant, si vous osez vous vêtir de cette manière en vous rendant au bureau (à la Défense, pas à Langley), vous passerez – justement – pour un agent spécial en filature aussi discret qu’un éléphant dans un couloir.

Ce n’était pourtant pas le cas au milieu du siècle dernier, où un homme avec des browline glasses, un imperméable beige et un feutre se fondait littéralement au milieu des autres imper’ beiges :

Enfin, il y a ici une contradiction criante. Les auteurs qui ont abordé le sujet ont souvent dit que l’élégance était intemporelle. Mais ils ont souvent écrit, d’une façon ou d’une autre, ce que nous relevions au début de ce billet, à savoir qu’un homme sur qui l’on se retournait dans la rue n’était pas élégant. Toutefois, il est évident qu’aujourd’hui, si vous vous habillez de manière très classique – notamment à des âges peu avancés – autrui le remarquera inévitablement.

Que l’élégance soit intemporelle, nous le croyons volontiers. C’est pour cette raison qu’un élégant n’a pas à se focaliser sur les évolutions de style pour savoir comment s’habiller le matin, et ce, même au détriment de sa discrétion, n’en déplaise à certains grands penseurs.

On peut le regretter, surtout quand on préfère rester discret. Mais que cela ne vous conduise pas pour autant à devenir un « homme en noir ».

6 réflexions sur “« Here come the Men in Black »

  1. SuchM dit :

    Très bon billet, et très drôle ^^

    Il est effectivement difficile de passer complètement inaperçu lorsque l’on s’habille correctement ou de manière un peu recherchée.

    Amicalement,

    Serge.

  2. Amateur DS dit :

    Pour ma part je pense qu’il ne faut pas non plus trop en faire, en termes de motifs et de couleurs. La sobriété permet tout de même de conserver une petite discrétion (même si vous avez raison, le niveau est si faible désormais que même quelqu’un de moyen + peut attirer l’attention).

    Merci et bonne continuation,

    Boris

  3. Dorian dit :

    Je suis étudiant et en effet j’ai entendu un nombre incalculable de fois le fameux « Tu vas à un mariage ? ». Ce billet m’a beaucoup fait rire !

  4. Doile dit :

    Excellent article.
    Je suis moi même souvent très enervé de me faire à coup sûr remarquer ou passer pour un « original » notamment dans le milieu professionnel ou aujourd’hui toutes les fonctions ou presque ont été contaminés par le style que je qualifierai d’ « IT casual »…
    Mettre une cravate dans mon entreprise passerai même pour une provocation ! une marque de prétention, de vanité…
    Lorsque l’on change de travail il est impossible de se faire accepter en adoptant une mise digne de ce nom si l’on est le seul à le faire… c’est le signe d’un refus d’intégration dans le groupe…
    A quant une association « Touches pas à mon élégance »?
    Cyril

  5. BG dit :

    J abonde totalement dans ce sens
    J ai un pantalon velours couleur amarante d une belle maison francaise
    Hiver 2011
    Incroyable les regards qu il me vaut !
    Que voulez vous? Dans un pays ou les hommes s habillent comme des sacs de preference en noir ou bleu sombre
    Deux couleurs alternatives sur vous suffisent a vous faire passer pour le dernier des dandys!

    Ps, ce qui pour moi est un signe de distinction
    Wink

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